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13/06/2010

Il y’a quelque chose de pourri au pays du pinard



Cent-trente-cinq, en pointe de l'actu... du mois dernier!
Le présent article dort dans mes cartons depuis au moins un bon mois... Pour des raisons indépendantes de ma volonté (oui les étudiants sont des branleurs, sauf un mois par an, pas de bol c'était celui-là) je n'ai tout simplement pas eu le temps de la poster avant. Mais rassurez vous, après une courte période de coma éthylique post-exams, 135 va revenir pour sa saison d'été, et laissez moi vous dire que ça va envoyer du lourd! Au programme: du sang, des larmes et du cul, à vous en faire oublier la réforme des retraites et le feuilleton de l'été. En attendant les festivités à venir je vous souhaite une bonne lecture. Quand ce ne sont pas les cités parisiennes, la crise grecque ou les volcans islandais qui font trembler la France, ce sont ses jeunes. « Une mode inquiétante » (Jean Pierre Pernaut, Claire Chazal...) s’est emparée de notre belle jeunesse. Qu’elle est elle cette mode ? Il s’agit de jeunes qui par l’intermédiaire du réseau social Facebook organisent de grands rassemblements à but festif dans les centres villes. Enfin, « organisent » le terme est un peu exagéré, disons plutôt que quelqu’un ou qu’un groupe de personnes crée un « événement Facebook » c'est-à-dire crée une page invitant les gens à se rassembler tel jour à tel endroit pour un apéro qui se veut géant. Géant car tout le monde y est invité, le but est d’être très nombreux. Il fait tourner l’info à ses amis qui le font tourner aux leurs et finalement le jour venu l’événement peut rassembler plusieurs milliers de personnes (9000 personnes à Nantes). Vous en avez forcement entendus parler, car depuis quelques semaines, cette « mode » fait les choux gras de nos médias qui de commentaires indignés en reportages sur le terrain viennent de lancer une nouvelle saison de : La jeunesse française est perdue, mon dieu, mais qu’est ce qu’ils ont dans le crâne ces jeunes à la fin !? Quand ce n’est pas la perfide Albion qui exporte le Bitch Drinking pour dépraver les Ados, c’est quelques irresponsables qui par le subversif internet les poussent à la débauche. Mais jusque là, malgré le tapage médiatique autour de ce phénomène, il fallait bien reconnaître que ça sonnait un peu creux comme info. Les discours indignés des journalistes et les interdictions prononcées par les pouvoirs publics ne paraissaient pas trop en adéquation avec l’image « bon enfants » qui ressortait des différentes manifestations ayant eu lieu. Mais depuis le 13 mai ils ont le cadavre d’un jeune homme à exhiber sur la place publique ! Cette pratique irresponsable à dérapé, les pouvoirs publics nous l’avaient prédit et les médias avaient eu raison de s’alarmer. Les discours entendus avaient déjà de quoi faire peur, mais maintenant les derniers irréductibles ne peuvent que reconnaître que tout ce cirque était justifié. Parents de France tremblez, vos chères têtes blondes se livrent à la débauche sur la voie publique.

Déconstructuction d’un discours stéréotypé :

Ces événements posent de gros problèmes de santé publique, car les jeunes se soulent jusqu’à la déraison, pour preuve : on dénombre plusieurs dizaines d’évacuations sanitaires pour coma éthylique lors de l’apéro tragique de Nantes. Ces apéros exposent donc la jeunesse aux ravages de l’alcool. Seigneur dieu ! Les jeunes se bourrent la gueule au pays du pinard ? S’il est certain que l’alcool est une vraie drogue dure qui fait de réels ravage (40000 morts par an), j’ai peine à croire que ce soit ce type de pratiques qui mènent le plus surement dans la dépendance. Dans un pays où selon les standards en vigueur (3 verres par jour) la moitié de la population est alcoolique, un tel argument peut prêter à sourire. Mais au pays du picon bière, ne sont alcooliques que les autres, Mimille peut finir tranquillement son quatrième pastis ce n’est pas le ministère de la santé qui va venir ébranler le zinc de son rade favori.
Le seul vrai risque sanitaire que courent ces jeunes c’est de se blesser ou de se tuer en adoptant des comportements à risques : c'est-à-dire faire n’importe quoi de dangereux sans mesurer que l’on ne tient même plus sur ses jambes. Mais pourtant pas besoin d’apéro géant pour qu’un type se blesse ou se tue en tombant d’une passerelle ou en se plantant dans un platane en bagnole, on peut très bien faire ça tout seul comme des grands ! La seule vraie solution à ce problème ne passe pas par l’interdiction des apéros géants, mais par la responsabilisation du public : ne prenez pas la bagnole quand vous êtes soul, et surtout faites attention aux gens autour de vous il se peut qu’ils se mettent en danger. Surveillez vos amis et vous même, et si vous êtes vraiment sympa les gens que vous ne connaissez pas, et on évitera alors pas mal de tragédies.
Le vrai problème serait donc plutôt sociétal, la société ne supporterait tout simplement pas de voir sa jeunesse se déglinguer. Empêcher les jeunes de se rendre à des apéros géants, c’est les protéger de leurs tendances autodestructrices dues à leur immaturité flagrante. On cherche avant tout à les protéger d’eux même, que c’est louable ! Pourtant quand elle fait ça chez elle, cette jeunesse immature, ça ne gène personne. Ni plus ni moins que quand elle le fait dans les boîtes de nuit, où pour 80 euros la bouteille d’alcool frelaté elle peut tituber jusqu’à plus soif pourvu qu’elle rentre en taxi. Ni même dans la plupart des festivals de l’été, des concerts, des fêtes foraines, des carnavals, des fêtes de villages ou des férias… Où pour la peine on peut être ivre de 7 à 77 ans sans que cela ne devienne une affaire d’état.
La différence se situe au niveau du fait que ces rassemblements provoquent de nombreux troubles de l’ordre public, en témoigne les dizaines de gardes à vus lors de l’apéro à Nantes. Effectivement tout rassemblement de personnes bourrés peut créer des troubles, à plus forte raison si l’on met des agents de police pour les surveiller. Quand on va à la recherche du délit, on le trouve plus vite que si on attend qu’il soit commis, et depuis que les forces de l’ordre ont pour mission de faire du chiffre la gamme des délits provoquant une garde à vue s’est même élargie : ce qui vous aurez conduit en dégrisement il y’a quelques années, vous mène tout droit au gnouf aujourd’hui. Quarante GàV pour 9000 personnes c’est quand même peu, surtout au vu de l’important dispositif policier mobilisé pour l’événement. On peut alors se poser une question : est ce de la tolérance de la part des forces de l’ordre ou bien n’y avait il que si peu de choses à sanctionner ? Surtout que 9000 personne bourrées ça en fait du bordel ! A-t-on déjà vu une commune prendre un arrêté anti-match de foot, pourtant ça en fait aussi du bordel un PSG/OM !
Mais qu’est ce qui pose problème à la fin ? La rue est un espace public et rien n’interdit aux personnes de se rassembler dans cet espace. Le fond du problème tient surtout au fait que ces rassemblements sont spontanés et ne passent pas par le cadre légal des autorisations et du contrôle des manifestations mis en place par les pouvoirs publics, dont de toute façon ils n’obtiendraient jamais les autorisations. L’état voit d’un très mauvais œil que des gens se rassemblent pour faire la fête sans lui demander son assentiment, il a aussi peur des rassemblements spontanés à but politique mais contre ceux là il dispose déjà d’un arsenal légal bien étoffé. Contre les apéros géants il se trouve limité : il ne peut pas interdire au gens de picoler, ni de faire la fête, ni même d’être dans la rue, pourtant il faut quand même sauvegarder l’ordre et la morale, que la place publique reste propre, et surtout que la population ne s’habitue pas à des pratiques (pour l’instant marginales) hors des cadres définis par la loi. Le vrai problème pour l’état est son absence de contrôle sur ces événements.
Les apéros géants ne furent pas les premiers événements à avoir été réprimés pour cette simple raison : les rave-party au début des années 1990, puis les free-party fin 1990 début 2000, ou encore la plupart des soirées étudiantes un peu importantes s’organisant dans les centres villes. Le mode opératoire est toujours le même : en premier lieu une stigmatisation médiatique : « phénomène inquiétant », consommation d’alcool et de drogues, troubles à l’ordre public… On désigne des coupables imaginaires, autrefois c’était la techno, cette « musique de défonce » aujourd’hui c’est Facebook présenté comme un des nouveaux périls d’internet au côté des pédophiles, des sectes et des terroristes. Au final la seule chose que l’on fait c’est présenter aux parents le comportement de leurs enfants comme quelque chose d’aberrant, on creuse ainsi le fossé entre les générations sans même chercher à expliquer ou à comprendre. Après cela l’opinion publique est prête pour la suite. On commence par interdire ponctuellement (arrêtés municipaux ou préfectoraux, pressions sur les organisateurs…), voir par réprimer, toujours ponctuellement, cela dépendant essentiellement des pouvoirs locaux (préfectures et mairies). Par exemple les soirées étudiantes de la rue de la soif à Rennes qui furent tolérées pendant longtemps et peuvent s’apparenter à des apéros géants avant l’heure commencèrent à être réprimés sérieusement avec la croisade d’une nouvelle préfète (Bernadette Malgorne) qui envoya les canons à eau vider les étudiants du centre ville. Et si le problème persiste, on commence alors à légiférer au niveau national. Il y’a fort à parier que si ce phénomène des apéros géants prend de l’ampleur, surtout si il devient sauvage en réponse aux interdictions, qu’une loi donnant des moyens de répression adaptés sera votée. La LSQ votée en 2001 pour mettre un terme au mouvement des free-party en sanctionnant de prison, de saisie de matériel et d’amende les organisateurs d’événement festifs et musicaux rassemblant plus de 500 personnes sans autorisation préfectorale n’est pas adaptée à ce type d’événement. En cause l’anonymat des organisateurs, pour un peu qu’on puisse parler d’organisateur, car diffuser une annonce appelant les gens à se retrouver n’est pas organiser un événement. Et finalement quand le phénomène a du plomb dans l’aile on autorise au compte goutte tout en encadrant. Verra-t-on apparaitre dans quelques temps des apéros géants autorisés dans des espaces loin des centres villes mis à disposition par les mairies ou les préfectures ? Et pourquoi pas sponsorisé par Red-bull et Kronenbourg ? L’état montre ainsi son ouverture d’esprit devant les caméras, file un bout d’os à ronger aux mécontents, et continue à réprimer dans l’indifférence la plus totale tout rassemblement sortant des cadres qu’il a lui-même fixé. Ce qui faisait l’intérêt de ces apéros a alors disparu, les fêtes ne sont plus vraiment libre (attention libre, pas libertaire, aucune connotation politique dans ce phénomène) ni spontanées, ni vraiment conviviales, il ne reste plus que la gnole dans une espèce de fête de la bière version djeunss. Et tout est rentré dans l’ordre au pays du pinard ! Mais peut-être que si l’on organisait des apéros géant à base de Beaujolais et de camembert on pourrait entendre Jean-Pierre Pernod dire au JT de 13h : « Sympathique initiative d’un groupe de jeunes sur internet, ils organisent de grands rassemblements pour profiter ensemble des merveilles de nos terroirs. Entre modernité et tradition, à la rencontre de cette jeunesse française qui défend notre patrimoine, un reportage de Marie Hélène De Moncul sur la Commode et François-Henri Duchemolle » Une initiative à lancer au pays du pinard, autant que cet appel :

« Tous bourrés à 9 heures Soutien aux viticulteurs »






Adrien

14/04/2010

Les industries pharmaceutiques et Stéphane Guillon veulent manipuler l'ADN d'Hortefeux pour enfin devenir les maîtres absolus de l'univers.

Vous aussi vous pensez que Elvis n’est pas mort mais qu’il a été envoyé sur la lune par la CIA, que Obama est un cyborg dirigé depuis la zone 51 par Mickael Jackson, qui en fait est noir… Vous avez adoré le film qui démontrait que le 11 septembre n’avait pas eu lieu, et vous vous demandez encore si la NASA est allée sur la lune. Vous êtes sans cesse à la recherche de la faille qui prouve que les Illuminati contrôlent le monde, mais vous êtes un gros faignant sans imagination, et pourtant vous voudriez crier au complot pour faire parler de vous et vous faire un max de thune ? Pour vous le site Street-Press vient de lancer son générateur de complots 2.0, qui vous permettra en un seul clic de créer de toute pièce un nouveau complot mondial. Il ne vous reste plus qu’à le lâcher sur la toile assorti d'une vidéo Youtube bidonnée et vous voilà célèbre !

Juste pour rire quelques exemples de complots :

« Le FBI et Ronald McDonald veulent ressusciter Carlos (le terroriste pas le chanteur) pour faire une blague à un pote. »

« Les Illuminatis et le Mossad veulent diffuser en boucle le dernier album de Carla Bruni pour enfin contrôler le marché mondial du gruyère. »

Et rien que pour centtrentecinq, j’ai levé un complot d’une ampleur sans précédent (sans l’aide du générateur):

« Jesus-Christ ne serait pas le fils de Dieu, mais seulement une invention d’une bande de tarés avide de pouvoir et de petit garçons.

Je crois que celui la, il va faire du bruit.

Adrien

07/04/2010

La fabrique de la haine, ou 24 heures à l'hotel sans étoile





Il doit être 7 heures du matin, la lumière s’allume me tirant du presque sommeil dans lequel j’étais plongé depuis une vingtaine minutes. Des pas dans le couloir, des cris dans la cellule d’à coté : « Chef ! Sortez-moi de là j’ai rien à faire ici ! Sortez-moi de là ! » S’en suit une longue tirade hurlée dans une langue que je ne connais pas et la réponse du « chef » : « Ferme te gueule ! Ici on est France, on parle français ! » Mon cerveau reconnecte lentement avec la réalité alors que des cris se mettent à fuser de toute part. On est en France c’est sûr, la France le pays des droits de l’homme et des libertés, mais en garde à vue, au royaume des sans droits et de la privation de liberté. Cette histoire a commencé environ 12 heures plus tôt quand deux CRS m’ont extrait du panier à salade pour me conduire sans ménagement devant un officier de police judiciaire (OPJ) qui me signifie mon placement en garde à vue pour « attroupement sur la voie publique en vue de commettre des dégradations… ». « Voulez vous voir un médecin ? », « demandez vous la présence d’un avocat pendant la garde à vue? », « désirez vous que nous fassions prévenir quelqu’un ? ». Ce que je ne savais pas encore à ce moment, c’est que j’étais entré dans un autre monde pour les prochaines 24 heures.



En fait cette histoire ne commence pas là non plus, mais vers 15 heures place Denfert-Rochereau où une petite centaine de personnes se trouvaient réunies autour d’un camion sono, au départ d’une manifestation pour protester contre le système carcéral. La manifestation a descendue le boulevard St Jacques pour tout d’abord s’arrêter à proximité de la prison de la Santé, pousser la sono et se faire entendre des détenus. Puis repartir en direction de la place d’Italie, et s’arrêter de nouveau à proximité de la station Glacière. L’ambiance et la musique sont bonnes, malgré le cordon de CRS qui encercle progressivement la manifestation. Les organisateurs nous assurent au micro que tant qu’il n’y aura pas de provocations les forces de l’ordre n’interviendront pas, pourtant il est déjà impossible de franchir le cordon de CRS dans un sens comme dans l’autre. Quelques minutes plus tard, tout se précipite, la police ordonne de couper la sono et l’étau se resserre de plus en plus. Un officier de police parle à une organisatrice « Vous avez lu le dos de la feuille de déclaration de manifestation ? Il y est écrit ce que vous avez le droit de faire et de ne pas faire, et il y’a eu des tirs de fumigènes ». La préfecture, qui avait pourtant autorisé la manifestation, vient de la déclarer illégale et les arrestations commencent. La police qui nous indique vouloir procéder à une simple fouille et à des contrôles d’identités nous embarque un par un dans les nombreux véhicules stationnés à proximité. La quasi totalité des manifestants - 110 personnes - seront interpellés ce jour là.



Arrivé au commissariat de la Goutte d’or (Paris 18ème) c’est le dépôt en garde à vue, puis la fouille « est-ce qu’il va falloir que j’aille chercher ta boulette entre tes couilles comme pour ton pote ? », je me retrouve accroupi, le caleçon sur les genoux, « toussez ! ». Finalement on me rend mes fringues après les avoir dépouillés de toutes ficelles, cordons et lacets. Les lanières de mon futal sont découpées aux ciseaux, « bon ça ira, c’est pas avec celles là qu’il va essayer de se pendre ». Retour en cellule, toujours sous l’œil des CRS, puis les auditions commencent. L’OPJ qui m’interroge ne sait pas vraiment, pourquoi je suis là, Il appartient au commissariat du 18ème et n’était pas présent à la manifestation. Je suis obligé de lui expliquer que je me suis fait ramasser avec toute la manifestation apparemment à cause d’un tir de fumigène, je lui raconte l’histoire en lui précisant, un brin énervé, que je n’ai rien à voir avec tout ça, et que je voulais juste écouter de la musique. Il demande à ses collègues plus au courant sur quoi il doit m’interroger. « Possédez-vous une écharpe ? », « Quoi ?? Oui, je l’avais autour du cou», il note. On nage en plein délire, tout ce bordel pour me demander si je possède une écharpe et quelques autres questions du même niveau ! À la fin de l’audition il m’indique que tout cela ne devrait plus durer très longtemps et me ramène en cellule. Au sous-sol, ça gueule dur contre les flics, un mec est en train d’incendier les gardiens « toi me touche pas espèce de sale fasciste ! ». Dans la cellule d’à coté les mecs hurlent autant pour passer le temps que pour faire chier les gardiens. Je suis content que nous soyons au calme dans la mienne, un vieil anarchiste m’abreuve de paroles sur ses expérience de GAV, j’opine du chef, mais je n’engage pas vraiment la discussion avec lui, je n’ai pas trop l’esprit à la discut’, je veux juste que cela passe au plus vite, sortir de cette cellule. Un autre mec essaie de raisonner, autant pour se rassurer que pour trouver une logique à ce qui nous arrive. « Ils ne devraient pas tarder à nous libérer, vu ce que l’agent m’a dit tout à l’heure…». Un ancien taulard qui est avec nous lui répond qu’il vaut mieux toujours se préparer au pire comme ça on n’est pas déçu quand ça tourne mal. Le pire est en train d’arriver, mais je ne m’en doute pas.



Vers 23 heures les libérations commencent, nous reprenons espoir, et commençons à tourner en rond dans la cellule. Au rythme d’une libération toute les 15 – 20 minutes l’attente est longue, mais pour nous la sortie est inéluctable, seule inconnue, allons nous avoir le dernier métro ? Vers 0h45 un OPJ nous rassemble tous dans le couloir, nous ne sommes plus que cinq et c’est presque avec le sourire que nous l’accueillons, dans nos têtes nous sommes enfin libres. « Bon, vous vous passez la nuit ici. On va vous changer de cellules. » « Quoi ? Attendez, ce n’est pas possible, pourquoi nous, les autres viennent d’être libérés? Qu’est ce qui ce passe ? J’y crois pas ! Quand est ce que l’on va sortir ? » Seule réponse : « vous passez la nuit ici, c’est tout ce que je sais, suivez moi on va à l’étage ». Comme je l’ai dit, nous sommes cinq, un copain, une copine, un voisin qui avait entendu de la musique et était descendu suivre la sono et un mec qu’il ne me semble même pas avoir vu dans la manif. Et pour cause, il passait par là quand il s’est arrêté pour voir ce qu’il ce passait, il n’a pas dû rester plus de 15 minutes dans la manif avant de se faire embarquer. Mauvais endroit, mauvais moment. On nous dirige vers notre cellule « on va vraiment passer la nuit là dedans ? », celle-ci est encore plus petite que la précédente, il s’en dégage une odeur à vous soulever le cœur et on peut voir dans un coin les restes du repas des précédent détenus. Nous sommes quatre il n’y a qu’un matelas. On nous donne une couverture qui n’a pas dû être lavée depuis longtemps et on nous laisse aller boire un peu d’eau au robinet. Je n’avais pas bu depuis mon arrestation. On nous donne également à manger, du riz à la provençale micro-ondé, le truc est infecte, immangeable car pas assez cuit, mais ce n’est pas ça qui me coupe l’appétit. Dans le couloir ma pote éclate en sanglot devant les gardiens qui veulent la mettre dans une cellule de 2m², « non je veux pas allez là dedans ! C’est trop petit et ça pue ! Laissez-moi au moins rester avec mes amis. », « Allons mademoiselle, rentrez dans la cellule, qu’on ait pas à vous y mettre de force ! ». La lumière s’éteint, ma pote pleure toujours dans sa geôle, je m’allonge tant bien que mal et essaie de dormir. Une rage sourde s’empare de moi, j’avais jusque là éprouvé un sentiment de colère contre le système policier et la logique absurde qui nous avez conduit à cette situation, mais à ce stade de l’histoire, c’est de la haine que je ressens, une haine des plus viscérale. Je ne sais pas quelle en est l’élément déclencheur. Est ce l’enfermement ? L’attitude des gardiens, ces pantins serviles qui ne font que leur travail, vis-à-vis d’une gamine de dix-huit ans terrorisé par ce qui l’entoure ? Ou l’injustice de cette situation ? Je ne saurais le dire, mais cette haine ne me lâchera plus.



Dormir en garde à vue n’est pas une chose aisée, les odeurs, l’inconfort et la promiscuité y sont pour beaucoup. Il faut aussi compter sur les cris des autres détenus et la lumière qui se rallume à chaque fois qu’il y’a un nouvel arrivant ou comme ça, sans raison. Peut-être les gardiens voulant s’assurer que nous n'avions pas tenté de nous suicider en avalant les couverts en plastiques du plateau repas… Mais aussi avec les discussions de ces même gardiens, qui pour tromper l’ennui se racontent des blagues, regardent des films, mangent, boivent (pas de l’alcool quand même !) enfin font des choses que les gens libres font en général, et ça, ça fout les nerfs quand on dort sur le carrelage. De toute façon j’ai tellement la haine que je n’arrive pas à trouver le sommeil, des envies de meurtres tourne sans fin dans ma tête, je finis quand même par sombrer dans un état semi-léthargique au petit matin. Enfin je pense, car en cellule la perception du temps est complètement différente. Quand on est enfermé sans montre avec pour seule vision de l’extérieur celle du mur en face de la cellule et pour seules indications de l’heure celles données par les gardiens on a vite tendance à perdre la notion du temps qui passe. Impossible sans demander l’heure de savoir si il fait jour, si l’on est le matin ou le midi. On a vite fait de demander l’heure au gardien toutes les dix minutes en pensant à chaque fois qu’une heure s’est écoulé. On nous fait sortir de la cellule pour qu’une femme de ménage la nettoie, nous nous retrouvons tous les quatre dans le couloir, par une petite fenêtre on peut même voir l’extérieur : il fait jour et le monde à continué de tourner sans nous. La gardienne de l’équipe du matin, plus compréhensive permet à notre amie qui n’a toujours pas cessée de pleurer de nous rejoindre dans le couloir, elle nous indique également que nous serions très probablement libérés dans la matinée. Peu après notre retour en cellule, un OPJ viens nous chercher un par un, quand je pars avec lui je sens la fin de tout ce cirque arriver, mais loin d’être libéré je me retrouve à décliner une fois de plus mon état civil, il me prend en photo sous tout les angles, prend mes empreintes ainsi que mon ADN. Je retourne en cellule totalement abasourdi, non seulement nous ne sommes pas libres, mais en plus fichés. Jusque là je m’étais dis que si nous étions restés la nuit c’est que l’agent chargé du dossier avait terminé son service, les libérations devant reprendre au matin quand il le reprendrait. Or si l’on se donne la peine de nous ficher, c’est bien que nous sommes ici pour une raison, absurde certes, mais que l’on ne nous a pas gardés par hasard. L’idée d’être fiché et tout ce qu’elle suggère me terrorise complètement, pour la première fois depuis que je suis arrivé c’est de la peur que je ressens, j’ai bien cru à ce moment que j’allais craquer et m’effondrer. Mais la haine est toujours là, elle vient à mon secours, ma peur se mue en rage contre le système et ses représentants, je ne craquerai pas devant eux, plutôt crever. J’ai du mal à croire encore aujourd’hui qu’en si peu de temps j’ai réussi à apprivoiser un sentiment aussi abjecte, à en faire mon allié, mon compagnon.



Plus tard dans la matinée un autre OPJ vient nous chercher, celui-ci s’occupe de notre dossier, et pendant l’audition j’ai enfin l’explication de notre maintien en détention. Comme on me l’avait expliqué lors de mon dépôt en garde à vue, c’est au titre de la loi du 2 mars 2010, ou loi sur les « bandes » que nous sommes là.


L'article 222-14-2 du code pénal stipule:

« Le fait pour une personne de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. »


Elle permet d’interpeler des personnes sans qu’aucun délit n’ai été commis, mais sur la simple présomption qu’elles allaient en commettre. En somme la police peut arrêter qui elle veut pour un délit imaginaire. Et si nous sommes encore là, alors que les autres ont déjà été libérés, c’est tout simplement pour une question de procédure, les autres ayant été interrogés après le délai légal d’une heure depuis leur dépôt en GAV, leur détention devenait illégale. L’agent qui m’interroge une nouvelle fois sur des questions aussi profondes que « aviez-vous une écharpe ? », « avez-vous entendus les organisateurs de la manifestation déclarer publiquement : il faut brûler les prisons ? » ou encore « avez-vous vu les organisateurs sortir du camion un mortier pour tirer des fumigènes ? » semble bien emmerdé par la moisson de gardés à vue dont il écope. Il sait bien que nous sommes innocents, et que ceux qu’il interroge ne se seraient pas livrés à des dégradations, fussent-elles imaginaires. Il nous assure qu’il fera en sorte que le parquet donne l’ordre de nous libérer au plus vite, mais avant il doit encore entendre les six personnes toujours détenues dans le commissariat du 11ème, selon lui l’affaire de deux petites heures. Il est 12h30 et nous commençons à compter les minutes.

Deux heures plus tard, toujours rien. Dans le courant de l’après-midi, notre amie qui est toujours seule dans ses 2 m² commence à faire une crise d’angoisse. Même nous à l’autre bout du couloir nous l’entendons s’étouffer, pourtant les gardiens sensés la surveiller vont mettre plus d’un quart d’heure avant de réagir : « mais mademoiselle, pourquoi vous pleurez ? » et finalement lui faire une fleur en la sortant de sa cellule. Nous les entendons lui expliquer que ce qu’ils font là c’est de la pure gentillesse « vous êtes sensée ne pas quitter votre cellule pendant toute la durée de la garde à vue, et si un officier vous trouve en dehors, nous allons nous faire taper sur les doigts ». Pour éviter de se faire encore plus « taper sur les doigts » ils prennent quand même soin de la menotter à un banc, sait on jamais… Quelques temps après, un grand bruit suivi de cris. Un détenu dans le couloir vient de se fracasser la tête sur une vitre, il a le visage en sang. « Putain ! Il a cassé la vitre, il va falloir la changer. ». Ma pote toujours dans le couloir n’est pas au bout de ses peines, il va lui falloir témoigner de ce qu’elle a vu, le mec s’étant effondré à un mètre d’elle avant que les deux gardiens ne se jettent sur lui. Les pompiers arrivent, pendant ce temps les autres détenus s’enflamment, ça se met à beugler dans tous les sens. Nous en sommes là quand l’officier qui s’occupe de notre affaire vient nous chercher, nous sommes libres, il nous rend nos affaires, nous assure que les empreintes et l’ADN ne seront pas conservés et nous raccompagne à la sortie. Un dernier échange : « j’espère qu’on ne se recroisera plus », « j’espère aussi, mais avec des lois aussi absurdes j’ai bien peur que cela ce reproduise ». Il est 16h45 quand la garde à vue touche à sa fin, nous venons de passer 23h30 en cellule. Dans la rue nous sommes complètement déphasés, je ne raconte même pas l’odeur que nous dégageons. À Bastille, où nous retrouvons une amie, je constate l’immense rage qui s’est accumulée en moi durant les dernières 24 heures. Je regarde les passants les yeux complètements hallucinés. J’ai envie de hurler, de frapper, d’exploser en pleine rue, je les déteste tous, eux ces inconnus qui ne m’ont pourtant rien fait.

L’expérience de l’enferment est une chose terrible, chacun y réagi à sa manière, mais je dois le confesser, ce qui m’a permis de tenir ces 24 heures n’était pas l’assurance d’être innocent, ou le fait de savoir que je n’étais que l’un des nombreux français à passer en GAV (900 000 en 2009), le fait de ne pas être seul, ou de savoir que dehors des gens s’inquiétaient de mon sort. Non rien de tout cela, la seule chose qui m’a permis de tenir le coup c’est la Haine. Et c’est une chose terrible que la haine, elle vous prend aux tripes, abolie la raison, est la source de toutes les horreurs, et pour qui ne sait pas s’en détacher, elle peut vous mener à toutes les extrémités. Ne voyez pas dans le récit de cette expérience un appel à la vengeance, ou à la violence, il s’agit juste de l’histoire d’un mec normal dans une situation qui ne devrait jamais le devenir.



Adrien

(Photos: Copyright Chloé Leruste)



09/03/2010

"Une des choses les plus diaboliques que j'ai pu lire..."


J’étais tranquillement en train d’effectuer une recherche sur Internet quand de liens en liens je suis tombé sur cet article : Affaire Coupat : « L’insurrection qui vient » affole les Américains. Tout d’abord intrigué par ce titre, je décide d’aller lire l’article, une question en tête : en quoi ce bouquin anonyme attribué à Julien Coupat peut-il bien affoler la patrie du libéralisme?

Mais avant toute chose, petit retour historique : Julien Coupat, pour ceux qui ne se souviennent pas, est cet horrible terroriste anarcho-autonome qui voulait renverser la société en perturbant le trafic des TGV. Le 11 novembre 2008, une vingtaine de personnes sont arrêtées dans une ferme près de Tarnac (Corrèze), neuf d’entre elles seront mises en examens pour actes de terrorisme car soupçonnées d’avoir participé aux sabotages des lignes TGV survenus quelques jours plus tôt. Au terme d’une opération de police digne d’un film hollywoodien et d’une enquête Kafkaïenne les seules preuves rassemblées contre les désignés coupables furent : leur présence à proximité des lieux de sabotage, de la littérature insurrectionnelle, révolutionnaire et anarchiste et surtout du matériel de terrorisme, à savoir : une échelle… Après une phase d’emballement judiciaire et médiatique, l’affaire s’est vite dégonflé comme un ballon de baudruche tournant en ridicule l’antiterrorisme, la justice et la ministre de l’intérieur Michèle Alliot Marie, ce qui pourrait prêter à sourire si Julien Coupat n’avait pas passé 7 mois en prison faisant les frais de la toute récente paranoïa du ministère de l’intérieur concernant les groupes anarchistes autonomes. Et pourtant dès le 10 novembre, soit la veille des arrestations, un groupe d’écologistes radicaux allemand avait revendiqué les sabotages.

Que raconte ce livre ? En (très) bref : il part du constat d’absurdité et de déliquescence de la société de consommation, du système politique et de l’économie capitaliste, et lance un appel à la révolte, donnant les raisons autant que les moyens d’une révolte destinée à inverser la vapeur et à faire émerger une société basée sur l’autogestion. En France ce livre ne fit pas de vagues, faisant partie d’une littérature politique d’extrême gauche à la diffusion confidentielle, et n’étant que l’expression d’une frange du paysage politique. Par contre aux USA où une traduction va bientôt paraître, il a retenu l’attention d’un chroniqueur ultraconservateur de Fox news : Glenn Beck. Bien connu des Américains pour ses harangues fustigeant le gouvernement Obama, la gauche, les athées et d’une façon générale tout ce qui ne semble pas ressembler à un American Dad. Que cet homme qui déclare rêver de tuer Mickael Moore, ou traite de « sac à merde » le père d’un GI décapité en Irak (qui avait critiqué le gouvernement Bush) se soit fait un gros flip en voyant de la littérature anar en vente libre à Washington DC, n’a rien de surprenant, mais c’est le ton employé, caractéristique de certains médias aux état unis qui m’a le plus interpellé. Je vous invite à regarder la vidéo (traduite pour les non bilingues ou ceux qui auraient pris Allemand première langue).

Sur fond d’images des émeutes de 2005 Glenn Beck nous sort un prêche sur les horribles gauchistes qui veulent détruire la société en prenant les armes, une nouvelle forme de terrorisme qu’il faudrait éradiquer avant qu’elle ne prennent de l’ampleur. Et si on l’écoute, le monde serait mis à feu et à sang par de dangereux révolutionnaires (même les Japonais manifestent : « il ne font pas ça d’habitude !») et seul les USA semble y échapper, mais plus pour longtemps. En opposant ce livre (qu’il n’a pourtant pas lu) au sien qu’il agite comme une bible à tout bout de champ, il définit les rôles de chacun dans son petit théâtre : une gauche créatrice de troubles face à ses amis conservateurs « bienveillants » pour le pays. En mélangeant contestation sociale, émeutes des banlieues et théories révolutionnaires, Glenn Beck déterre le vieux spectre du bolchevique le couteau entre les dents pour faire trembler l’Américain moyen sur fond de menace terroriste. En bref une nouvelle mise en scène démagogique du terrorisme au but politique à peine voilé.

À suivre quelques photos prises lors d’une manifestation de soutient aux inculpés de Tarnac, ayant eu lieu à Paris en Janvier 2009.




Seules violences à déplorer lors de ce rassemblement de révolutionnaires en puissance : quelques tirs de feux d’artifice (sûrement achetés chez Tati) sur les forces de l’ordre. Apparemment le grand soir n’était pas au programme, n’en déplaise à Glenn Beck. Mais dès qu’il aura fini de lire « the coming insurrection », je lui conseille de prêcher pour une vigoureuse campagne de bombardement de tous les magasins Tati, car c’est là que semblent se fournir ces terroristes.

Adrien

(Photos: Copyright Adrien Labit)



26/02/2010

Les p’tits papiers







Il fallait bien qu’un jour je me décide à poster un article sur ce blog, car la position attentiste qui a été la mienne jusque-là risquait de me faire encourir les foudres de mes camarades plus prolixes dans la rédaction de leurs billets.

Après une longue phase de réflexion sur ce qui pourrait constituer un article sur Centtrentecinq, j’ai décidé que ce serait de littérature dont allait parler mon premier post. Comme beaucoup de gens je lis des romans policier. Vous savez, ces bouquins où généralement les flics sont sympas et mènent des enquêtes pleines de rebondissements pour arrêter de vrais méchants « qu’on est content de les voir en taule (ou mort) à la fin ».

Oui je sais, c’est une vision romanesque de la police, ici pas de bavures, ni d’abus de pouvoirs, pas d’intrigues basées sur des délits d’automobiliste ou de tapages nocturnes. On est le plus souvent à des milliers de kilomètres de la réalité du métier d’inspecteur, de gendarme ou de détective privé. Mais imaginez un instant que pour passer le temps dans les transports en commun, vous deviez vous taper 300 pages sur les enquêtes du capichef Nanard gendarme à Hudimesnil, franchement je crois que vous préféreriez de loin vous taper la soupe prédigérée d’informations insipides du Direct soir. Imaginez au contraire, si la vraie vie ressemblait à un roman : hé bien, je vous le dis, ce serait le bordel. En se basant sur une série policière moyenne se déroulant dans une petite ville, et à compter de la parution d’un bouquin tous les ans sur dix ans, la population du secteur serait assez vite décimée par environ quatre guerres des gangs et cinq ou six psychopathes. Donnant des chiffres d’insécurité capable de faire élire Brice Hortefeux président de la république à vie.

Donc le roman policier ce n’est pas la réalité, c’est du divertissement, du plaisir de lire, du suspense, des personnages attachants, des ambiances… Enfin pas uniquement, il est des auteurs qui lient le roman policier à la culture militante en basant leurs romans sur des faits historiques réels. On citera par exemple : La position du missionnaire de Jean-Paul Jody, livre très bien documenté, dont l’intrigue nous fait découvrir les dessous du génocide au Rwanda. Ou les romans de Didier Daeninckx qui s’appuient sur des faits comme la manifestation sanglante du 17 octobre 1961, les fusillés pour l’exemple de 1917, ou encore les zoos humains de l’exposition coloniale de 1931. Il s’agit évidemment d’auteurs engagés, on parlera plus généralement de roman noir pour désigner un polar inscrit dans une réalité sociétale précise et porteur d’un discours critique sur cette réalité, ce qui franchement n’a rien à voir avec Julie Lescaut et c’est tant mieux.

Les éditions Baleine se sont fait une spécialité dans ces romans engagés (plutôt à l’extrême gauche), et s’est construit une réputation par la lutte contre l’extrême droite. Mais cet éditeur à l’intention d’ajouter à son catalogue un certain François Brigneau, et ce n’est pas du tout du goût des autres auteurs publiés chez Baleine.

Pour comprendre il faut voir le CV de ce François Brigneau : il s’engage dans la milice en 1944 ce dont il « tire une certaine gloire » encore aujourd’hui, et c’est pourquoi il finit en taule à la libération. Une fois dehors il se lance dans une carrière de journaliste pour différents journaux (entre autres): La dernière lanterne (journal de sympathisants de l’Action Française), L’indépendance Française (encore une résurgence de l’Action Française), Minute (journal de la droite extrême puis de l’extrême droite) et National Hebdo (le journal du FN). Il s’engage également en politique dans différents partis de la droite nationaliste, devient membre de l’ordre nouveau (cliquez sur le lien, je suis sûre que vous connaissez au moins le symbole) avant de devenir cofondateur du FN. Le mec est aussi écrivain, notamment de polar c’est pour ça qu’il a atterri chez Baleine, mais les livres qu’il publie par l’intermédiaire de sa propre maison d’édition sont également édifiant sur la mentalité du bonhomme Si Mussolini était conté ; Philippe Pétain : Le chef de guerre – Le chef de paix – Le chef de l’état nouveau – Le théoricien de la révolution nationale – Le maudit : 40 ans après sa mort ; Le jour où il tuèrent Philippe Henriot. Voici quelques exemples de la littérature de François Brigneau, mais je m’arrête là car je commence à sérieusement avoir la nausée.

Vous l’aurez donc compris ce François Brigneau est un facho pur porc, c’est pour ça que les auteurs publiés chez Baleine crient à la trahison et veulent empêcher son entrée au catalogue de la maison d’édition.

Mais ce qui me surprend le plus c’est qu’en parcourant sur le net les articles traitant de ce sujet j’ai trouvé un nombre relativement important de commentaires qui y dénonçaient une censure de la part des auteurs en colères, ils bafoueraient la liberté d’expression, rien que ça ! Ce à quoi je répondrais : vous avez beau respecter la liberté d’expression, ce n’est pas pour autant que vous aimeriez voir votre pire ennemi dîner à votre table. En tout cas moi je n’aimerais pas manger à celle de François Brigneau.


Adrien.

Voir les articles sur Rue 89 et Slate.fr ainsi que la bio complète de François Brigneau sur Wikipédia.