



Quand ce ne sont pas les cités parisiennes, la crise grecque ou les volcans islandais qui font trembler la France, ce sont ses jeunes. « Une mode inquiétante » (Jean Pierre Pernaut, Claire Chazal...) s’est emparée de notre belle jeunesse. Qu’elle est elle cette mode ? Il s’agit de jeunes qui par l’intermédiaire du réseau social Facebook organisent de grands rassemblements à but festif dans les centres villes. Enfin, « organisent » le terme est un peu exagéré, disons plutôt que quelqu’un ou qu’un groupe de personnes crée un « événement Facebook » c'est-à-dire crée une page invitant les gens à se rassembler tel jour à tel endroit pour un apéro qui se veut géant. Géant car tout le monde y est invité, le but est d’être très nombreux. Il fait tourner l’info à ses amis qui le font tourner aux leurs et finalement le jour venu l’événement peut rassembler plusieurs milliers de personnes (9000 personnes à Nantes). Vous en avez forcement entendus parler, car depuis quelques semaines, cette « mode » fait les choux gras de nos médias qui de commentaires indignés en reportages sur le terrain viennent de lancer une nouvelle saison de : La jeunesse française est perdue, mon dieu, mais qu’est ce qu’ils ont dans le crâne ces jeunes à la fin !? Quand ce n’est pas la perfide Albion qui exporte le Bitch Drinking pour dépraver les Ados, c’est quelques irresponsables qui par le subversif internet les poussent à la débauche. Mais jusque là, malgré le tapage médiatique autour de ce phénomène, il fallait bien reconnaître que ça sonnait un peu creux comme info. Les discours indignés des journalistes et les interdictions prononcées par les pouvoirs publics ne paraissaient pas trop en adéquation avec l’image « bon enfants » qui ressortait des différentes manifestations ayant eu lieu. Mais depuis le 13 mai ils ont le cadavre d’un jeune homme à exhiber sur la place publique ! Cette pratique irresponsable à dérapé, les pouvoirs publics nous l’avaient prédit et les médias avaient eu raison de s’alarmer. Les discours entendus avaient déjà de quoi faire peur, mais maintenant les derniers irréductibles ne peuvent que reconnaître que tout ce cirque était justifié. Parents de France tremblez, vos chères têtes blondes se livrent à la débauche sur la voie publique.
Le vrai problème serait donc plutôt sociétal, la société ne supporterait tout simplement pas de voir sa jeunesse se déglinguer. Empêcher les jeunes de se rendre à des apéros géants, c’est les protéger de leurs tendances autodestructrices dues à leur immaturité flagrante. On cherche avant tout à les protéger d’eux même, que c’est louable ! Pourtant quand elle fait ça chez elle, cette jeunesse immature, ça ne gène personne. Ni plus ni moins que quand elle le fait dans les boîtes de nuit, où pour 80 euros la bouteille d’alcool frelaté elle peut tituber jusqu’à plus soif pourvu qu’elle rentre en taxi. Ni même dans la plupart des festivals de l’été, des concerts, des fêtes foraines, des carnavals, des fêtes de villages ou des férias… Où pour la peine on peut être ivre de 7 à 77 ans sans que cela ne devienne une affaire d’état.
Les apéros géants ne furent pas les premiers événements à avoir été réprimés pour cette simple raison : les rave-party au début des années 1990, puis les free-party fin 1990 début 2000, ou encore la plupart des soirées étudiantes un peu importantes s’organisant dans les centres villes. Le mode opératoire est toujours le même : en premier lieu une stigmatisation médiatique : « phénomène inquiétant », consommation d’alcool et de drogues, troubles à l’ordre public… On désigne des coupables imaginaires, autrefois c’était la techno, cette « musique de défonce » aujourd’hui c’est Facebook présenté comme un des nouveaux périls d’internet au côté des pédophiles, des sectes et des terroristes. Au final la seule chose que l’on fait c’est présenter aux parents le comportement de leurs enfants comme quelque chose d’aberrant, on creuse ainsi le fossé entre les générations sans même chercher à expliquer ou à comprendre. Après cela l’opinion publique est prête pour la suite. On commence par interdire ponctuellement (arrêtés municipaux ou préfectoraux, pressions sur les organisateurs…), voir par réprimer, toujours ponctuellement, cela dépendant essentiellement des pouvoirs locaux (préfectures et mairies). Par exemple les soirées étudiantes de la rue de la soif à Rennes qui furent tolérées pendant longtemps et peuvent s’apparenter à des apéros géants avant l’heure commencèrent à être réprimés sérieusement avec la croisade d’une nouvelle préfète (Bernadette Malgorne) qui envoya les canons à eau vider les étudiants du centre ville. Et si le problème persiste, on commence alors à légiférer au niveau national. Il y’a fort à parier que si ce phénomène des apéros géants prend de l’ampleur, surtout si il devient sauvage en réponse aux interdictions, qu’une loi donnant des moyens de répression adaptés sera votée. La LSQ votée en 2001 pour mettre un terme au mouvement des free-party en sanctionnant de prison, de saisie de matériel et d’amende les organisateurs d’événement festifs et musicaux rassemblant plus de 500 personnes sans autorisation préfectorale n’est pas adaptée à ce type d’événement. En cause l’anonymat des organisateurs, pour un peu qu’on puisse parler d’organisateur, car diffuser une annonce appelant les gens à se retrouver n’est pas organiser un événement. Et finalement quand le phénomène a du plomb dans l’aile on autorise au compte goutte tout en encadrant. Verra-t-on apparaitre dans quelques temps des apéros géants autorisés dans des espaces loin des centres villes mis à disposition par les mairies ou les préfectures ? Et pourquoi pas sponsorisé par Red-bull et Kronenbourg ? L’état montre ainsi son ouverture d’esprit devant les caméras, file un bout d’os à ronger aux mécontents, et continue à réprimer dans l’indifférence la plus totale tout rassemblement sortant des cadres qu’il a lui-même fixé. Ce qui faisait l’intérêt de ces apéros a alors disparu, les fêtes ne sont plus vraiment libre (attention libre, pas libertaire, aucune connotation politique dans ce phénomène) ni spontanées, ni vraiment conviviales, il ne reste plus que la gnole dans une espèce de fête de la bière version djeunss.
Et tout est rentré dans l’ordre au pays du pinard ! Mais peut-être que si l’on organisait des apéros géant à base de Beaujolais et de camembert on pourrait entendre Jean-Pierre Pernod dire au JT de 13h : « Sympathique initiative d’un groupe de jeunes sur internet, ils organisent de grands rassemblements pour profiter ensemble des merveilles de nos terroirs. Entre modernité et tradition, à la rencontre de cette jeunesse française qui défend notre patrimoine, un reportage de Marie Hélène De Moncul sur la Commode et François-Henri Duchemolle » Une initiative à lancer au pays du pinard, autant que cet appel :



En école de commerce il y a des gens qui vont à la messe, ont leur carte au FN et te regardent droit dans les yeux en disant « c’est statistiquement prouvé, les versaillais sont plus intelligents que le reste de la population française ». Mon ancien colloc' étant un de leurs sympathisant, pas un fervent défenseur mais un sympathisant. Ce qui dans la vie de tous les jours peut t’amener à des débats plutôt marrants.
J’ai toujours été fascinée par cette « population », leur capacité à jongler entre la défense de leurs théories et le silence réglementaire. Comme au lycée quand tu voyais qu’étonnamment Amédée ne la ramenait pas beaucoup, et qu’après lui avoir proposé 3 fois de prendre la parole il balançait à bout de nerfs que « c’était quand même contre-nature qu’un mec touche un mec, merde. ».
Ce que je trouve génial, ce sont les arguments logiques mis en avant pour défendre une théorie qui d’elle-même démonte déjà une bonne tripotée d’arguments logiques. Par exemple « non mais c’est logique, mathématiquement on ne peut pas accueillir les 6 milliards de terriens sur le territoire français parce que y'a pas la place. Et c’est pas juste de dire oui à toi et non à l’autre, donc moi j'trouve ça normal de dire non à tout le monde : j'veux dire on a pas le choix » J’adore. Redorer son blason en fin de citation, balance la justice en mode fourbasse, c’est assez habile, c’est presque charitable d’ailleurs. Il a bonne conscience, l’essentiel est là.
C’est un raisonnement complètement différent du mien : décider d’une théorie puis trouver des arguments pour justifier sa croyance VS étudier les arguments qui la justifie puis choisir une théorie. Je n’aurais pas la prétention de dire que l’un des raisonnements vaut mieux que l’autre. Je ne sais pas d’où ça vient. Peut être de la religion : à partir du moment où l’on croit au créationnisme on est prêt à toutes les pirouettes d’esprits.
Bref, ces gens là ne lisent pas Libé. Ce qui peut s’avérer assez pratique puisque j’ai toujours eu du mal à m’organiser ; 2 mois après je n’ai toujours pas changé l’adresse de mon abonnement. Quand je passe chez eux, j’ai donc toujours le plaisir de retrouver mes journaux intacts, emballés, proprets, waiting for me. Ce week-end j’ai mis la main sur un Next (celui avec Emmanuelle Seigner en couverture et Diesel en contributeur principal).
Y’avait un reportage sur les homos/trans iraniens en exil au Pakistan qui m’a mené jusqu’à ce post. Mais à la réflexion les photos m’emmerdent un peu. Un peu trop dans le délire un rien pour un tout. Le genre de plan rapproché sur le reflet d’un miroir, une clope fumante et deux pov doigts avec une légende à rallonge type « Amir est arrivé ici il y a deux ans, il ne parle à personne, les voisins pourraient le dénoncer ou le punir, son mec est réserviste dans l’armée tamoul, il n’a pas de nouvelles depuis 3 mois et songe au suicide »... BORING.
Pandora.
Harry JR Mitchell vit en Angleterre, à Brighton. Voici un aperçu de ses photos et son blog : www.harrymitchell.wordpress.com



C'est aussi la saison des Rencontres de la Photographie en Arles, un festival hétéroclite qui présente des photographes de divers horizons, cela dans de superbes lieux (seul inconvénient les attaques incessants des moustiques).
L'été dernier c'était les 40 ans du festival : 40 de rencontres, 40 ans de ruptures.
C'est là-bas que j'ai découvert Jean Christian Bourcart, il y avait deux expositions de ces photographies. L'une à la galerie VU' dans lequel on pouvait voir plusieurs de ses séries notamment "Stardust" ; "Trafic" et "image primordiale" (vous pourrez les voir dans un prochain post).
L'autre faisait partie de "ça me touche, les invités de Nan Goldin" : CAMDEN. Photographe français exilé à New York depuis 1997 après une formation en école photo (comme quoi on ne finit pas tous à la fnac ou à faire des packshots). Je vous présente ici sa série sur CAMDEN-NJ, elle est composée de textes associés à des photographies. Jean Christian BOURCART nous immerge dans un lieu plutôt chaud des Etats Unis, connu notamment pour son triste titre de " ville la plus dangereuse des Etats Unis " en 2006.
" Cela semble un peu absurde, mais j’ai juste cherché sur le Web « the most dangerous city in the USA ».
Peut-être, je voulais retrouver cette étrange énergie qui se dégage des lieux où les règles et les contraintes sociales sont abolies ou affaiblies. Un sentiment de liberté mêlé à l’excitement du danger. En tête de liste, j’ai trouvé Camden, New Jersey, à deux heures de New York. En y allant, j’ai découvert le visage de la pauvreté ordinaire cachée derrière les stigmatisations médiatiques. Les gens sont durs, mais les sourires édentés réchauffent le cœur, et quand je me suis fait dévaliser par une prostituée, elle m’a rendu dix dollars pour ne pas me laisser dans le pétrin.
La ville a deux plans superposés, entremêlés, intriqués, l’un évident, géométrique, exotérique, celui des rues, des voitures, des rares boutiques et des industries toxiques. L’autre est celui des maisons éventrées ou des usines squattées pour se défoncer ou pour le commerce du sexe.
Au début je photographiais les « crackheads » (personnes dépendantes au crack) dans la rue pour deux dollars la séance. Le prix d’un petit cailloux de crack. Et puis j’ai rencontré Suprême, que je paie 20 dollars chaque fois qu’il m’introduit dans une maison. Pendant que je shoote, il baratine les gens, prétendant être un étudiant en art ou un flic « undercover ».
J’y retourne régulièrement, ramenant et distribuant les photos déjà prises. Je suis devenu une sorte de photographe de quartier, ce qui me force à considérer quelle image je donne à voir de mes modèles. J’essaie de ne pas faire de style, de prendre de belles photos de famille. "



" sur Broadway, quelques filles tapinent comme d'habitude. Une grosse fume, je lui demande où acheter une loosie. Elle me renseigne très aimablement. Je lui dis que je fais des photos des gens de Camden. Peut-être voudrait-elle poser ? Mais bien sûr, elle adore les photos. Malgré ma réticence, je me laisse entraîner derrière une maison en ruine… je suis curieux. Elle me demande une minute pour mettre un tong. Ensuite, elle veut que je rentre dans la maison éventrée pour que je la photographie par derrière : « Take a picture of my ass ». Moi je ne sens pas trop d'aller dans la maison, ni de photographier son ass d'ailleurs. Alors qu'elle essaie de me convaincre, je fais une malencontreuse photo d'elle à la volée. Elle se jette sur moi, m'agrippant d'une main, ramassant une bouteille de l'autre qu'elle fracasse sur un muret. Elle veut 50$. J'essaie de me débattre mais, non seulement, elle est forte comme un taureau mais elle sait parfaitement ce qu'elle fait. J'arrive à saisir la bombe de gaz et la menace à bout portant. Elle me coince de tout son poids contre un muret, le tesson de bouteille est à 5 cm de mon cou. Elle me dit que si je l'asperge, elle m'égorge. J'essaie de la persuader qu'en fin de compte, je suis un mec cool. Je l'appelle baby, essaie de dédramatiser. J'arrive à sortir mon larfeuille et lui tends. Il y a autour de 40$. Satisfaite, elle me relâche et alors que nous nous dirigeons vers la rue, elle me tend deux billets de 5."
"Dans la petite rue adjacente où les crackeads ont tendance à se regrouper, les tirages et les planches contact sont examinés avec moult exclamations et remarques. Une femme dit : « It's me, it's me, it's me... look, it's me », en regardant son portrait. J'ai l'impression qu'elle n'a jamais vu une photo d'elle. Ou alors ça fait bien longtemps. Une autre prend sa planche contact, s'éloigne, l'étudie et la déchiquette méticuleusement."