10/03/2010

This is fucking shit !


Le camion est plein. Comme chaque dimanche, les bénévoles de l'Auberge des Migrants se préparent à aller distribuer des repas aux migrants.

Sur le moment je ne comprenais pas, j’observais, j’emmagasinais, incapable de tirer des conclusions. Ce n’est qu’au bar de la gare, en regardant les gens autour de moi, que j’ai compris ma plongée l’espace d’une après-midi dans un monde parallèle. Un monde avec ses lois, ses repères, ses comportements. Un monde d’hommes et d’ados qui ont traversé minimum 5 pays pour arriver à Calais. Un monde dans lequel Calais veut dire 30km. 30km du But avec un grand B, 30km de l’Angleterre, 30km de ce pays fantasmé dont ils entendent parler depuis le fin fond de l’Afghanistan, du Soudan ou du Viet Nam. Un monde d’incertitude et de peur. Je crois que le déclic vient de là ; je m’étais inconsciemment habituée à cette pression sourde, j’avais passé l’après-midi sur mes gardes sachant très bien que tout pouvait basculer en une fraction de seconde. Je me disais « pour l’instant ça va, attends la suite ». Et en voyant ces gens sereins, ces tables propres et ces vêtements assortis j’ai compris que je pouvais donner le clap de fin. Le film s’est rembobiné et j’ai commencé à halluciner.


Préparation du thé pour les migrants.


Nous étions arrivés à Calais vers 12h45, la distribution de nourriture étant à 13h. Trois associations se relaient pour nourrir les migrants :

- La Belle Étoile s’occupe de la distribution du repas le midi en semaine.

- SALAM assure le repas du soir en semaine et le week end.

- L’Auberge des Migrants gère le midi durant le week-end.

À cela on peut ajouter une association Hollandaise qui vient tous les samedi soir apporter diverses choses et notamment des cigarettes.


Patrice, bénévole de l'Auberge des Migrants, goûte la soupe qu'il a préparé pour les migrants.


Les assos ont obtenu de la mairie un lieu de distribution (ouvert de 13h à 15h le midi et de 18 à 20h le soir tous les jours) : c’est une espèce de grande place goudronnée et grillagée. Deux préfabriqués trônent là et servent de locaux à SALAM et La Belle Étoile. L’Auberge des Migrants n’en a pas et la distribution se fait donc à partir du camion. Malgré le soleil, il fait très froid et un vent glacial tourbillonne. Et quand je dis glacial je pèse mes mots. On s’est pas mal baladé dans Calais et je n’ai jamais eu aussi froid qu’à cet endroit. Je fais la réflexion à un bénévole en lui disant que j’ai vraiment hâte de retourner dans la voiture et il me répond « t’imagines que pour eux après c’est la rue ». J’avoue. 1 point pour les migrants. De chaque coté des prefa il y a des sortes de auvents qui, je crois, sont sensés protéger de la pluie, mais bon on a rarement vu la pluie tomber droite et sans aucun vent.


Les afghans sont les premiers arrivés, au taquet. Ils sont sympas disent « Bonjour, ça va ? » à tout le monde et appellent les femmes de plus de 50 ans « Momie ». Deux petites tables sont installées : l’une avec les sachets repas et la soupe au poulet, l’autre avec le thé. Je me pose à coté du thé et regarde les 100 mecs défiler. Certains viennent avec leurs couvertures, je remarque leurs mains : violettes et gonflées. Les échanges sont toujours les mêmes :

- « Bonjour Momie ça va ? Shoï Momie shoï »

- « Yes shoï, keep your glass please »

- « Yes Momie, merci Momie »

Shoï ça veut dire Thé dans beaucoup de langues et notamment en Patchou, un dialecte afghan qu’ils parlent pour la majorité. De temps en temps il y a des nouveautés :

- « Momie, look, my pant »

- « Yes, I know, I have an other one for you in the car, I’ll give you after »

- « Momie my pant it’s broken »

- « Yes, go to eat, I’ll give you after »


Il y en a quelques uns qui n’ont plus de bonnet, de gants ou de chaussettes. Elle promet à tous de leur en apporter after. Les assos viennent toujours avec des vêtements de base à distribuer. De temps en temps, quand elles ont récupéré assez d’habits, des vestiaires sont organisés avec des parkas, pulls, pantalons, chaussures… Une autre association organise également un vestiaire un samedi sur deux. D’ailleurs, j’ai appris un truc marrant : les migrants n’aiment pas trop le tricoté ni les fringues trop vieilles. Ils veulent des trucs basiques, à la mode, pour passer inaperçus en ville. Le mec du pantalon récupère un jean, il est content.

En voyant ça, je me sens complètement conne, avant de venir je me disais qu’il devait y avoir des problèmes de vols ou d’agressions. Mais à la réflexion ; après avoir traversé toute l’Europe, t’être caché dans des camions réfrigérés, avoir pris la mer alors que tu sais pas nager, à 30km DU BUT alors que t’es nourri et vêtis, je ne sais pas quel mec sur Terre serait assez débile pour risquer de se faire choper par les flics en piquant une pomme ou en sautant sur quelqu’un. Ils passent déjà leur temps à les fuir, ce n’est pas pour se jeter dans la gueule du loup aussi facilement.

Ils s’organisent. Certains gamins viennent chercher du sel au camion et font la distrib’, d’autres ravitaillent leurs copains en thé. On a ainsi eu droit à deux ou trois blagues marrantes :

- « Momie shai please shai »

- « But where is your glass ? »

- « Aaaa sorry, it’s still in Afghanistan »

- ou variante « it’s in England »


Distribution de thé par les bénévoles.


Les afghans sont hyper agités et courent partout, ils jouent au foot, enfin plutôt à une sorte de chandelle. Le but est de lancer le ballon le plus haut possible puis de le rattraper. Ce qui arrive rarement. Je manque de me prendre un ballon dans la tête deux, trois fois et ce jeu augmente mon niveau de stress d’un cran.

J’essaie d’imaginer le nombre de kilomètres qu’ils ont dû avaler, de retracer toutes les étapes, d’imaginer comment ils étaient avant. J’essaie d’enlever les traces de tension de leur visage. J’aimerais tellement pouvoir mettre une camera dans leurs yeux, et voir tout ce qu’ils ont vu. Les histoires sont toutes les mêmes. Fuir les talibans. Ils sont majoritairement ados, de 10 à 20 ans. Les parents s’endettent auprès de tous leurs voisins et les poussent dehors. C’est ça ou le recrutement dans l’armée des taliban AKA mort rapide assurée (les enfants sont plus faciles à endoctriner que les adultes et servent de kamikazes. Et si vous ne me croyez pas checkez La Croix) Je ne m’étais jamais fait la remarque mais les migrants afghans sont donc clairement anti-talibans.

H. raconte que dans son village il y avait « une rue » avec d’un coté les talibans et de l’autre les américains. Les deux camps échangeaient régulièrement des tirs puis un jour une balle perdue et « My sister kapputt ». Le soir même, ses parents les ont mis sur la route de Calais, son frère de 12 ans et lui 14 ans. Les routes sont toutes les mêmes, un peu comme tous les chemins mènent à Rome, tous les passeurs mènent à Calais. D’abord direction l’Iran, passage de la frontière dans la neige (à pied ou à cheval pour les plus pauvres NDLR). Puis la Turquie où son petit frère se fait choper par les douaniers : retour à la case départ pour lui, H. continue tout seul. Il traverse rapidement pour atteindre, à l’ouest, la Méditerranée. À 7 kilomètres seulement des côtes turques il y a une île grecque. Les gamins embarquent à 24 sur 2 bateaux gonflables et prient très fort. C’est une des épreuves les plus difficiles car ils risquent :

1. De tomber à l’eau : c’est fini.

b. il y a une petite variante à cette alternative : un de tes amis/compagnons tombe à l’eau et se noie sous tes yeux.

2. De dériver et de se perdre en mer.

a. être repechés par les gardes côtes : retour à la case départ.

b. tempête/ rocher/ bateau/ déshydratation : c’est fini.

3. d’arriver sur l’île.

a. pas au bon endroit, pas au bon moment : c’est fini.

b. accueillis par des douaniers pas sympas : retour à la case départ.

c. accueilli par des douaniers sympas : camp de rétention, libération.

d. au bon endroit, au bon moment. Ils peuvent aller directement aux ferrys.

H. a eu de la chance il est tombé sur l’option 1. + 3.c. Après 15 jours en camp de rétention il est libéré et embarque dans un camion sur un ferry. Italy - France - Nice - Calais. Calais - camion - UK. End of the story.


La température extérieure flirte avec les 0°C et le vent souffle très fort. Un afghan se réchauffe les mains contre le thé.


D’autres, africains, arrivent et s’installent avec nous. Les afghans courent toujours, quelques bénévoles commencent un foot avec eux. Il y en a un qui vient me parler, il veut que j’aille voir ses potes. Je suis assez mal à l’aise. Pour l’instant nos échanges se sont résumés à des, finalement universels, « Mademoiselle-Mademoiselle, Bonjour Mademoiselle. », des mains serrées et des regards mi-matteurs mi-gênés pour eux comme pour moi. Je n’ai aucune idée du rapport qu’ils ont aux femmes de 20 ans. En Afghanistan il y a deux catégories : leurs petites sœurs, enfants, et les plus grandes, voilées. Puis il y a les autres, celles qu’ils découvrent petit à petit avec l’Europe. Je prends le temps deux minutes, de tirer la métaphore et d’envisager cette traversée comme un voyage initiatique, une étape leur donnerait les clefs culturelles de leur installation en Angleterre. Un enseignement par la pratique de « c’est quoi l’Europe ». Je me dis qu’ils doivent être sacrement perdus en ayant côtoyé autant de cultures en si peu de temps. J’ai envie de leur demander. Mais pour ça encore faudrait-il que je leurs parle. Je commence à partir dans mes délires et note un autre truc qui me dérange profondément : on soupçonne des histoires d’agressions sexuelles et pédophilie. On a aucune preuve mais, de tout temps, dans toutes les civilisations, on a vérifié l’équation : milieu exclusivement masculin + promiscuité + longue durée = sexe. Je crois que c’est ce qui me dégoûte le plus dans cette histoire : ces gamins n’ont rien, que dalle, on leur a tout pris. Ils n’ont pas de statut, ils n’ont pas de papiers, ils n’ont pas de pays, ils n’ont pas de parents, et il faut en plus que l’on touche à leur cul pour leur prendre le dernier truc qu’ils auraient pu avoir. Le ballon s’écrase une nouvelle fois près de moi, et les gamins rigolent en criant « Again, again » alors que je tente de les calmer. Je croise le regard d’un africain qui observe la scène, dépité, après un soupir il me lâche « This is fucking shit ».

Yes. This is fucking shit.


Texte : Laurie Pandora

Photos : Aurélien Bacquet

09/03/2010

Les américains aiment chanter des chansons qui parlent de fromage.


Il y a des choses connues pour entraîner des dérives de la part des hommes. Parmi elles, on citera l'alcool, les drogues, et les filles. Qui n'a jamais été ivre, roulant à contresens sur une autoroute ? Qui n'a jamais fait une bonne vieille overdose de mescaline ou violé une fillette dans une ruelle sombre le long de la chapelle Sixtine ?
Certains pays sont plus doués que d'autres pour générer ce genre de trucs. Si on était encore en période de Guerre Froide, nos potes cow-boys des Etats-Unis d'Amérique jalouseraient les méchants bolcheviques.

Petit rappel historique : les citoyens russes et états-uniens ont vécu, chacun de leur côté, une sombre période nommée la prohibition (ou сухой закон pour les communistes) durant laquelle il était interdit de vendre de l'alcool. Chez les russes, la сухой закон a duré 3 ans de moins que chez les 'ricains. Ca fait un point pour les buveurs de vodka.
Les USA se font devancer dans plusieurs disciplines :
- Alors que le gouvernement américain tente de faire la guerre aux narco-traficants qui détruisent la santé mentale des électeurs; à Moscou, l'alcool ayant déjà ravagé pas mal de neurones, ça ne pose aucun problème de rajouter quelques grammes de cocaïne pour parfaire le cocktail.
- Les filles de l'est ont fait leurs preuves.
- Les Russes font d'excellentes vodka, et se branlent complètement de boire du Jack Daniel's. L'inverse n'est pas vrai.
- On s'en branle de la conquête de l'Espace, le Web est plus grand et il a le vent en poupe. Dernièrement Andrey Ternovskiy a créé le plus grand réseau actuel de masturbation en ligne. Ca s'appelle Chatroulette.
Le coup de la branlette en ligne c'était certainement pas son idée, mais disons qu'Andrey est victime de son succès et de la liberté offerte par son site.



Térence et Thibaut passent des nuits sur Chatroulette. Ils m'ont donné quelques conseils et parlé de leurs rencontres.

L'interview est disponible en cliquant ici.


Aurélien.

"Une des choses les plus diaboliques que j'ai pu lire..."


J’étais tranquillement en train d’effectuer une recherche sur Internet quand de liens en liens je suis tombé sur cet article : Affaire Coupat : « L’insurrection qui vient » affole les Américains. Tout d’abord intrigué par ce titre, je décide d’aller lire l’article, une question en tête : en quoi ce bouquin anonyme attribué à Julien Coupat peut-il bien affoler la patrie du libéralisme?

Mais avant toute chose, petit retour historique : Julien Coupat, pour ceux qui ne se souviennent pas, est cet horrible terroriste anarcho-autonome qui voulait renverser la société en perturbant le trafic des TGV. Le 11 novembre 2008, une vingtaine de personnes sont arrêtées dans une ferme près de Tarnac (Corrèze), neuf d’entre elles seront mises en examens pour actes de terrorisme car soupçonnées d’avoir participé aux sabotages des lignes TGV survenus quelques jours plus tôt. Au terme d’une opération de police digne d’un film hollywoodien et d’une enquête Kafkaïenne les seules preuves rassemblées contre les désignés coupables furent : leur présence à proximité des lieux de sabotage, de la littérature insurrectionnelle, révolutionnaire et anarchiste et surtout du matériel de terrorisme, à savoir : une échelle… Après une phase d’emballement judiciaire et médiatique, l’affaire s’est vite dégonflé comme un ballon de baudruche tournant en ridicule l’antiterrorisme, la justice et la ministre de l’intérieur Michèle Alliot Marie, ce qui pourrait prêter à sourire si Julien Coupat n’avait pas passé 7 mois en prison faisant les frais de la toute récente paranoïa du ministère de l’intérieur concernant les groupes anarchistes autonomes. Et pourtant dès le 10 novembre, soit la veille des arrestations, un groupe d’écologistes radicaux allemand avait revendiqué les sabotages.

Que raconte ce livre ? En (très) bref : il part du constat d’absurdité et de déliquescence de la société de consommation, du système politique et de l’économie capitaliste, et lance un appel à la révolte, donnant les raisons autant que les moyens d’une révolte destinée à inverser la vapeur et à faire émerger une société basée sur l’autogestion. En France ce livre ne fit pas de vagues, faisant partie d’une littérature politique d’extrême gauche à la diffusion confidentielle, et n’étant que l’expression d’une frange du paysage politique. Par contre aux USA où une traduction va bientôt paraître, il a retenu l’attention d’un chroniqueur ultraconservateur de Fox news : Glenn Beck. Bien connu des Américains pour ses harangues fustigeant le gouvernement Obama, la gauche, les athées et d’une façon générale tout ce qui ne semble pas ressembler à un American Dad. Que cet homme qui déclare rêver de tuer Mickael Moore, ou traite de « sac à merde » le père d’un GI décapité en Irak (qui avait critiqué le gouvernement Bush) se soit fait un gros flip en voyant de la littérature anar en vente libre à Washington DC, n’a rien de surprenant, mais c’est le ton employé, caractéristique de certains médias aux état unis qui m’a le plus interpellé. Je vous invite à regarder la vidéo (traduite pour les non bilingues ou ceux qui auraient pris Allemand première langue).

Sur fond d’images des émeutes de 2005 Glenn Beck nous sort un prêche sur les horribles gauchistes qui veulent détruire la société en prenant les armes, une nouvelle forme de terrorisme qu’il faudrait éradiquer avant qu’elle ne prennent de l’ampleur. Et si on l’écoute, le monde serait mis à feu et à sang par de dangereux révolutionnaires (même les Japonais manifestent : « il ne font pas ça d’habitude !») et seul les USA semble y échapper, mais plus pour longtemps. En opposant ce livre (qu’il n’a pourtant pas lu) au sien qu’il agite comme une bible à tout bout de champ, il définit les rôles de chacun dans son petit théâtre : une gauche créatrice de troubles face à ses amis conservateurs « bienveillants » pour le pays. En mélangeant contestation sociale, émeutes des banlieues et théories révolutionnaires, Glenn Beck déterre le vieux spectre du bolchevique le couteau entre les dents pour faire trembler l’Américain moyen sur fond de menace terroriste. En bref une nouvelle mise en scène démagogique du terrorisme au but politique à peine voilé.

À suivre quelques photos prises lors d’une manifestation de soutient aux inculpés de Tarnac, ayant eu lieu à Paris en Janvier 2009.




Seules violences à déplorer lors de ce rassemblement de révolutionnaires en puissance : quelques tirs de feux d’artifice (sûrement achetés chez Tati) sur les forces de l’ordre. Apparemment le grand soir n’était pas au programme, n’en déplaise à Glenn Beck. Mais dès qu’il aura fini de lire « the coming insurrection », je lui conseille de prêcher pour une vigoureuse campagne de bombardement de tous les magasins Tati, car c’est là que semblent se fournir ces terroristes.

Adrien

(Photos: Copyright Adrien Labit)



04/03/2010

Jessica Dimmock



Dans son livre Junky, William S. Burroughs raconte son expérience de l'héroïne, l'expérience d'une vie entière.

Papi Burroughs s'appellait déjà William Seward Burroughs, notre Willy junky est donc le 2nd William Seward Burroughs de sa famille. En 1947, il a affublé son fils du même nom. "Jamais deux sans trois" comme disent certains piliers de bar. Le Junky n'en est pas moins unique.

La vie de William S. Burroughs fut quelque peu mouvementée. La base est la même que pour un individu lambda. Il est né, il est mort. Entre ces deux dates buttoirs, Willy a fait plein de choses improbables.
Une fois où il avait consommé un peu trop de trucs qui altèrent la conscience et mettent dans un état second, il s'est pris pour un Guillaume Tell des temps modernes (un flingue à la place de l'arc) avec Joan, sa femme. Elle a perdu.
Ils étaient au Mexique. Elle n'a pas choisi d'y rester, il a choisi la fuite et la came.


L'un est romancier, l'autre photographe.
Si William S. Burroughs aborde le thème de la drogue grâce à sa prose et ce qu'il a vécu, Jessica Dimmock documente la vie d'accros à l'héro' cloitrés dans un appartement new yorkais.


La vidéo de the Ninth Floor.
www.jessicadimmockphotography.com


Aurélien.






03/03/2010

Harry JR Mitchell x Laurie


Dans la banlieue de Santiago samedi 27 février, après le séisme. (Photo Reuters)

En école de commerce il y a des gens qui vont à la messe, ont leur carte au FN et te regardent droit dans les yeux en disant « c’est statistiquement prouvé, les versaillais sont plus intelligents que le reste de la population française ». Mon ancien colloc' étant un de leurs sympathisant, pas un fervent défenseur mais un sympathisant. Ce qui dans la vie de tous les jours peut t’amener à des débats plutôt marrants.

J’ai toujours été fascinée par cette « population », leur capacité à jongler entre la défense de leurs théories et le silence réglementaire. Comme au lycée quand tu voyais qu’étonnamment Amédée ne la ramenait pas beaucoup, et qu’après lui avoir proposé 3 fois de prendre la parole il balançait à bout de nerfs que « c’était quand même contre-nature qu’un mec touche un mec, merde. ».

Ce que je trouve génial, ce sont les arguments logiques mis en avant pour défendre une théorie qui d’elle-même démonte déjà une bonne tripotée d’arguments logiques. Par exemple « non mais c’est logique, mathématiquement on ne peut pas accueillir les 6 milliards de terriens sur le territoire français parce que y'a pas la place. Et c’est pas juste de dire oui à toi et non à l’autre, donc moi j'trouve ça normal de dire non à tout le monde : j'veux dire on a pas le choix » J’adore. Redorer son blason en fin de citation, balance la justice en mode fourbasse, c’est assez habile, c’est presque charitable d’ailleurs. Il a bonne conscience, l’essentiel est là.

C’est un raisonnement complètement différent du mien : décider d’une théorie puis trouver des arguments pour justifier sa croyance VS étudier les arguments qui la justifie puis choisir une théorie. Je n’aurais pas la prétention de dire que l’un des raisonnements vaut mieux que l’autre. Je ne sais pas d’où ça vient. Peut être de la religion : à partir du moment où l’on croit au créationnisme on est prêt à toutes les pirouettes d’esprits.

Bref, ces gens là ne lisent pas Libé. Ce qui peut s’avérer assez pratique puisque j’ai toujours eu du mal à m’organiser ; 2 mois après je n’ai toujours pas changé l’adresse de mon abonnement. Quand je passe chez eux, j’ai donc toujours le plaisir de retrouver mes journaux intacts, emballés, proprets, waiting for me. Ce week-end j’ai mis la main sur un Next (celui avec Emmanuelle Seigner en couverture et Diesel en contributeur principal).

Y’avait un reportage sur les homos/trans iraniens en exil au Pakistan qui m’a mené jusqu’à ce post. Mais à la réflexion les photos m’emmerdent un peu. Un peu trop dans le délire un rien pour un tout. Le genre de plan rapproché sur le reflet d’un miroir, une clope fumante et deux pov doigts avec une légende à rallonge type « Amir est arrivé ici il y a deux ans, il ne parle à personne, les voisins pourraient le dénoncer ou le punir, son mec est réserviste dans l’armée tamoul, il n’a pas de nouvelles depuis 3 mois et songe au suicide »... BORING.


Pandora.




Harry JR Mitchell vit en Angleterre, à Brighton. Voici un aperçu de ses photos et son blog : www.harrymitchell.wordpress.com




02/03/2010

FIFA 2010 - Tu seras attaché-vedette, mon fils !

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Silence.
Lumière.

Action !



01/03/2010

FIFA 2010 - Let's go to the FIFA !

Sous le coup de l'émotion, sous la somme astronomique de tout ce que j'ai à dire, de ce que je voudrais dire, de ce que j'aimerais ne pas oublier de dire, je ne savais pas comment commencer. Alors du coup, je ne commence pas, et je passe directement à la suite.






Le 31 janvier, Aurore, que j'ai pour désagréable habitude de ne voir qu'une fois par an (quand je ne tente pas carrément de la tuer à coup de Clio dans les ravins espagnols), était de passage à Paris. Un passage assez rock'n roll, d'ailleurs, un peu comme chacune de nos retrouvailles, mais surtout plutôt court. D'où sa proposition de génie ! [Que j'ai d'abord trouvée foireuse]
"Ça te dirais pas venir faire le Festival International du Film d'Amour, à Mons, vers la fin du mois de février ?"

Euh...
"Alors, tu as pris tes billets ?"
Euh...
"Alors, tu as envoyé tes coordonnées ?"
Euh...
"Alors, tu arrives quand ?"
Euh...
"Alors, tu es certain d'avoir un train demain pour venir ?"
Euh..




J'ai toujours été d'une nature hyper organisée. Ce qui pose problème, puisqu'au Festival de Mons, j'étais censé être "Attaché - Vedette", donc d'organiser les déplacements quotidiens et rendre indolores les diverses obligations et corvées des invités dont j'aurai à m'occuper.
Arrive le 19 février 2010, jour du départ. Comme d'habitude, je n'ai pas d'argent. Je gruge le bus. Je gruge le métro. Je sors du métro à la gare. Et me rends compte que ce n'est pas la bonne gare. Comme les portiques sont d'un accès malaisé (paraît qu'ils sont prévus pour empêcher de gruger l'accès au métro), je me motive à marcher jusqu'à la bonne gare, c'est à dire de celle de l'Est à celle du Nord (heureusement que je n'avais pas confondu Montparnasse et la Gare de Lyon). Arrivé là, l'aventure commence réellement.
"Allô, Aurore ? Ouais, euh... bah, j'ai pas d'argent, et, ah tiens, j'ai pas de train pour Bruxelles non plus. Je fais comment ?"




Par chance, Aurore a la science ferroviaire infuse. Ni une ni deux, mon trip "Paris - Bruxelles - Mons" se transforme en "Paris - Lille Europe - Lille Flandre - Namur - Ah non en fait Liège - Bon finalement Mons direct". A cause de l'accident du 15 février dernier, c'est encore plutôt le bordel sur la ligne internationale. Etant donné l'effervescence ambiante, je tente le tout pour le tout, et me lance dans le combo "et si je grugeais le train ?"
Et me voilà assis sur ma valise, accroché aux crochets à vélo, du compartiment vélo du premier TGV pour Lille qui m'est passé sous la main (ou sous le pied, enfin, nous nous sommes compris). J'évite l'inconfort de certains, restés debout, et me paie même le luxe de m'endormir, étranglé par ma cravate et suffoquant (genre un mix d'agoraphobie, de claustrophobie, de stress du clandestin et du mal des transports).
Arrivé à Lille, je me dis que j'aurais dû rester à Paris. Les Lillois sont encore moins disciplinés que nous, et beaucoup ont encore du mal à comprendre que c'est difficile de remplir un train sans le laisser se vider au préalable (autrement dit "bouge de là, faut que j'aille choper mon train !" [et ça marche dans les deux sens]). C'est une philosophie de vie que j'entends parfaitement avec la bière.
Je n'ai toujours pas un rond, et me traîne misérablement jusqu'à Lille Flandres (mais toujours déguisé en Stinson, sinon c'est pas drôle). Un train pour Liège m'attend. Il arrive dans 10 minutes. 9 minutes plus tard, le train se voit annoncé avec 30 minutes plus tard. 9 minutes plus tard, il n'a plus que 10 minutes de retard. Et la seconde juste après, le train est bel et bien annulé.
Je vais fumer une clope. J'ai faim, je mangerais bien des frites.

Tiens, je vais aller geeker. Ah bah non, finalement, un autre train pour Liège arrive dans 10 minutes. Je l'attends, dans le froid, dans le vent, entouré de Lilloises toutes plus jolies que les autres, mais je l'attends (le train). Pour rien, au final, puisqu'il est annulé. Au final, j'ai attendu près de 2 heures à Lille. J'ai su me débrouiller pour acheter un billet, et une fois dans le dernier train qui me ferait passer la frontière, je suis pris d'un affreux doute : "merde, il s'arrête bien à Mons ?"... Oui. Il l'a fait !

J'appelle Nathalie (vous allez beaucoup en entendre parler), qui me dit qu'un chauffeur vient me chercher à la gare de Mons. Un chauffeur ? Tiens, marrant, ça risque de me changer de mes transports en commun fraudés. Je m'imagine déjà avec un espèce de taxi new-yorkais et un chauffeur pakistanais. Donc je cherche une voiture correspondant à cette description, estampillé du logo du FIFA. Je cherche, j'attends, et finalement je vois arriver une kolooooosssal Mercedes Classe R noire. Boudiou, ça sent bon cette histoire ! Du coup, l'arrêt obligatoire à l'Auberge de Jeunesse prend un goût de prolétariat.


Briefing.
Présentations.
Fin de soirée de gala (autrement dit, avec Aurore, nous avons fini les bouteilles de rouge et de blanc du grand thétâtre), et dodo.


Mons, me voilà ! FIFA, à nous deux !
Et toi, Pierre-luc Brillant, je ne sais toujours pas qui tu es, mais t'as intérêt à être cool !





Affaire à suivre...






Aniki